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Art du récit

Réalisme magique

Aussi appelé réel merveilleux

Une fiction où des événements magiques se produisent dans un monde réaliste sans que personne les trouve étranges. Contrairement à la fantasy, elle garde des lieux et une histoire réels et n’explique jamais sa magie, comme dans Cent ans de solitude de García Márquez.

En pratique

Le réalisme magique est un style de fiction dans lequel des événements magiques se produisent dans un monde par ailleurs réaliste, sans que personne les trouve étranges. Dans Cent ans de solitude de Gabriel García Márquez, une jeune femme nommée Remedios la Belle s’élève dans le ciel en pliant des draps, et sa famille s’agace surtout de la perte des draps. La magie est décrite sur le même ton simple et factuel que la météo, les récoltes ou les querelles de famille.

Le terme est né dans la critique d’art. Le critique allemand Franz Roh emploie l’expression « magischer Realismus » en 1925 pour des peintres qui représentaient des objets ordinaires avec une netteté inquiétante. Dans les années 1940 et 1950, des écrivains latino-américains comme Alejo Carpentier, qui parlait de « lo real maravilloso » (le réel merveilleux), et Arturo Uslar Pietri transposent l’idée dans la fiction, et les romans du boom latino-américain la rendent célèbre dans le monde entier.

La confusion courante se fait avec la fantasy. La fantasy construit en général un monde à part, ou caché, doté de ses propres règles et d’une explication de sa magie : Poudlard a ses sortilèges, ses cours et son ministère. Le réalisme magique garde le monde réel, l’histoire réelle et la politique réelle, et refuse tout simplement d’expliquer la magie. Le merveilleux fait partie de la vie quotidienne, souvent pour montrer des vérités que le réalisme seul ne peut atteindre.

Le miracle que personne ne commente

Une cuisine familiale dans une ville côtière

INT. CUISINE DES ALVAREZ - MATIN

La pluie tombe derrière la fenêtre. À l’intérieur, elle tombe aussi, doucement, au-dessus de la cuisinière, comme chaque matin depuis l’enterrement du grand-père. ABUELA CARMEN (80 ans) tient d’une main un parapluie au-dessus de la poêle et retourne des œufs de l’autre.

Son petit-fils LUIS (17 ans) entre, contourne la flaque par habitude et attrape une tortilla.

LUIS

Il pleut encore ici ?

ABUELA CARMEN

Ton grand-père n’a jamais su quitter une pièce à l’heure.

Luis mange debout. L’eau goutte du plafond dans une tasse qu’Abuela a posée là pour elle, déjà à moitié pleine.

La pluie à l’intérieur n’est jamais expliquée, et elle n’effraie personne. La famille s’y est simplement adaptée, avec un parapluie et une tasse, et c’est ce qui en fait du réalisme magique plutôt que de la fantasy ou de l’horreur. La magie porte le vrai sujet de la scène : un deuil qui refuse de quitter la maison. La réplique sèche d’Abuela traite l’impossible comme une plaisanterie de famille, et ce ton détaché est la signature du style.

Ce que signifie le réalisme magique

Le réalisme magique est une manière de raconter qui présente des événements surnaturels ou impossibles dans un cadre réaliste, sur un ton réaliste. Le monde de l’histoire est reconnaissable comme le nôtre, souvent un lieu précis à une époque historique précise, et la magie s’y loge sans troubler le sentiment d’ordinaire des personnages.

La critique distingue souvent trois éléments. D’abord, un monde réaliste : des lieux réels, des routines quotidiennes, une histoire sociale et politique. Ensuite, des éléments magiques qui enfreignent les lois de la nature. Enfin, ce que la critique Amaryll Chanady appelle la réticence de l’auteur : le narrateur n’explique pas la magie, ne la remet pas en question et ne la traite pas comme remarquable.

Le réalisme magique est étroitement associé à la littérature latino-américaine, mais il ne s’y limite pas. Des auteurs d’Inde, d’Afrique, d’Europe de l’Est, du Japon et des États-Unis s’en sont emparés, souvent pour raconter le colonialisme, la migration, la guerre et la mémoire familiale, là où l’histoire elle-même peut sembler irréelle.

Réalisme magique et fantasy

La fantasy crée en général un monde, ou une partie cachée du nôtre, régi par une magie dotée de ses propres règles. L’histoire explique ou découvre souvent ces règles, et les personnages peuvent apprendre à manier la magie comme une compétence. Le Seigneur des anneaux, Harry Potter et Le Trône de fer relèvent de la fantasy parce que leur magie est un système.

Le réalisme magique laisse la magie sans système et sans explication. Personne ne l’étudie ni ne la maîtrise, et elle sert rarement d’outil pour faire avancer l’intrigue. Elle se comporte plutôt comme la météo ou le destin, une chose avec laquelle les personnages vivent. Si le lecteur peut apprendre comment fonctionne la magie, l’histoire relève probablement de la fantasy.

Certains livres se situent près de la frontière. Les romans de Neil Gaiman, de Haruki Murakami et de Stephen King sont parfois rangés dans le réalisme magique, parce que la vie ordinaire y rencontre l’étrange, mais King traite généralement le surnaturel par la peur et l’explication, ce qui pousse son œuvre vers l’horreur. Les étiquettes comptent moins que le ton : dans le réalisme magique, l’impossible est calme.

Exemples de réalisme magique

Dans le roman : Cent ans de solitude de Gabriel García Márquez (1967), texte fondateur pour beaucoup de lecteurs, suit la famille Buendía pendant un siècle de l’histoire du village de Macondo. La Maison aux esprits d’Isabel Allende, Chocolat amer de Laura Esquivel, Beloved de Toni Morrison et Les Enfants de minuit de Salman Rushdie sont d’autres exemples très étudiés.

Dans la nouvelle : les récits de Jorge Luis Borges, et « Un monsieur très vieux avec des ailes immenses » de García Márquez, où un vieil homme ailé atterrit dans une cour boueuse et où les habitants font payer l’entrée pour venir le voir.

Au cinéma : Les Épices de la passion (1992), adapté du roman d’Esquivel, où les émotions d’une cuisinière passent dans les plats qu’elle prépare. Big Fish (2003), Les Bêtes du sud sauvage (2012) et Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain (2001) sont souvent qualifiés de films de réalisme magique, et de nombreux cinéastes puisent dans ce style pour des histoires de mémoire et de deuil.

Pourquoi les auteurs emploient le réalisme magique

Le réalisme magique rend visibles des vérités intimes et historiques. Un fantôme qui continue d’habiter la maison peut montrer le poids de la culpabilité d’une famille mieux que n’importe quelle description, comme dans Beloved, où le fantôme porte la mémoire de l’esclavage. La magie permet d’être exact à propos de sentiments et d’histoires trop vastes pour le réalisme pur.

Il saisit aussi des points de vue. Beaucoup de romans de réalisme magique sont racontés de l’intérieur de communautés où le folklore, la foi et la vie quotidienne ne sont pas séparés. Présenter leurs merveilles sans ironie respecte cette vision du monde au lieu de l’expliquer pour un lecteur extérieur.

Et il donne aux histoires une forme d’émerveillement particulière. Comme rien n’est expliqué, le lecteur garde un sentiment de mystère jusqu’à la fin. Pour les scénaristes, le style offre des images saisissantes (la pluie dans la cuisine, une femme qui s’élève dans le ciel, des plats qui font pleurer les convives) qui portent l’histoire émotionnelle sans dialogue.

Comment écrire du réalisme magique

Partez d’un monde réel, décrit avec précision. Des rues, des plats, des métiers, une politique et des habitudes familiales précis font croire le lecteur à la réalité de l’histoire, et c’est ce qui permet à la magie de paraître à la fois saisissante et naturelle. Un cadre flou transforme le réalisme magique en fable.

Faites naître la magie de l’émotion ou de l’histoire. Demandez-vous ce que vos personnages ressentent trop fort pour le dire, ou ce que leur communauté a traversé, et donnez-lui une forme physique et impossible. La magie doit signifier quelque chose, même si personne dans l’histoire ne dit quoi.

Puis tenez le ton. Décrivez le magique avec la même voix calme que l’ordinaire, laissez les personnages réagir par des préoccupations pratiques plutôt que par l’émerveillement, et n’expliquez jamais les règles. Résistez à l’envie de révéler que tout n’était qu’un rêve ou une métaphore ; la force du réalisme magique, c’est qu’à l’intérieur de l’histoire, cela s’est tout simplement produit.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que le réalisme magique, en termes simples ?

Le réalisme magique est un type d’histoire situé dans le monde réel, où des choses magiques se produisent et où tout le monde les trouve normales. La magie n’est pas expliquée ; elle fait simplement partie de la vie quotidienne.

Quels sont les trois éléments du réalisme magique ?

La critique en décrit souvent trois : un cadre réaliste et une vie quotidienne, des événements magiques qui enfreignent les lois de la nature, et un narrateur qui présente la magie sans l’expliquer ni la remettre en question.

Quelle est la différence entre le réalisme magique et la fantasy ?

La fantasy crée en général un monde à part ou caché où la magie obéit à des règles et est souvent expliquée. Le réalisme magique reste dans le monde réel, et sa magie est inexpliquée, sans système, et traitée comme ordinaire par les personnages.

Harry Potter relève-t-il du réalisme magique ?

Non. Harry Potter relève de la fantasy, parce qu’il possède un monde magique caché avec ses propres règles, ses écoles et son gouvernement, et que la magie y est une compétence que les personnages apprennent. Le réalisme magique garde le monde ordinaire et laisse sa magie inexpliquée.

Quel est un exemple de réalisme magique ?

Dans Cent ans de solitude de Gabriel García Márquez, un personnage monte au ciel en pliant du linge, et sa famille s’inquiète surtout des draps qu’elle a emportés. Ce traitement calme de l’impossible est typique du réalisme magique.

Quels sont les romans de réalisme magique les plus célèbres ?

Parmi les exemples célèbres : Cent ans de solitude de Gabriel García Márquez, La Maison aux esprits d’Isabel Allende, Chocolat amer de Laura Esquivel, Beloved de Toni Morrison et Les Enfants de minuit de Salman Rushdie.

Faut-il dire réalisme magique ou réalisme merveilleux ?

On rencontre les deux, mais ils ne se recouvrent pas tout à fait. « Réalisme magique » traduit le terme allemand de Franz Roh, issu de la critique d’art, et s’est imposé pour le style littéraire. « Réel merveilleux » reprend la formule d’Alejo Carpentier, que l’on applique surtout à la littérature latino-américaine. La plupart des lecteurs les tiennent pour très proches.