Diction
Aussi appelé choix des mots
Le choix des mots d’un auteur et l’attitude qu’ils portent. « Il est décédé » et « il a cassé sa pipe » rapportent la même mort ; la diction indique qui parle et ce qu’il ressent.
En pratique
La diction, en littérature, désigne le choix des mots d’un auteur et l’attitude que ces mots portent. « Il est décédé », « il nous a quittés » et « il a cassé sa pipe » rapportent la même mort, mais chacun indique qui parle, à qui, et ce qu’il en pense. La diction est l’endroit où la voix devient visible sur la page, mot après mot, et c’est pourquoi un même événement peut paraître solennel, tendre ou cruel selon la manière dont il est dit.
Au théâtre et au cinéma, le mot diction désigne aussi la façon dont un acteur prononce son texte. Dans l’écriture, il s’agit des mots eux-mêmes : leur niveau de langue (soutenu, courant, familier ou argotique), leurs connotations, leur précision et leur rythme. Un personnage qui dit « je vous saurais gré de partir » et un autre qui dit « dégage » veulent la même chose, mais l’un et l’autre ne vivent pas dans le même monde.
L’erreur courante consiste à croire qu’une bonne diction signifie des mots recherchés. Le mot juste est celui qui convient au personnage, à la scène et au ton, et c’est souvent le plus simple. Les dialogues sonnent faux quand tous les personnages partagent la diction de l’auteur ; ils prennent vie quand chacun puise dans son propre vocabulaire, celui de son métier, de son âge, de sa région et de son humeur.
Deux personnages, la même nouvelle
INT. HÔPITAL - COULOIR - NUIT
Le DR OKAFOR (50 et quelques) retire ses gants. MARCUS (20 et quelques), en veste de chantier, se lève de sa chaise en plastique.
DR OKAFOR
Votre père est décédé à 21 h 40. Nous n’avons pas pu rétablir le rythme cardiaque. Je suis vraiment désolée.
MARCUS
Donc il est parti. Comme ça.
Il regarde ses mains, couvertes de poussière de plâtre.
MARCUS (SUITE)
Il m’a toujours dit qu’il tiendrait plus longtemps que la maison.
Les deux personnages annoncent la même mort, mais leur diction les distingue. La médecin emploie la langue précise et professionnelle de quelqu’un qui a déjà prononcé ces mots. Marcus choisit des mots courts et familiers, puis glisse vers une image tirée du métier de son père. Aucun des deux ne décrit son émotion ; les mots qu’ils choisissent s’en chargent.
Ce que signifie la diction
La diction est la sélection et l’emploi des mots dans un texte. Le mot vient du latin dictio, « action de dire », et on l’associe à la rhétorique depuis l’Antiquité. Aristote, dans la Poétique, consacre un long passage au choix des mots, distinguant les termes courants, qui rendent le style clair, et les termes rares ou métaphoriques, qui le rendent noble ou étrange.
Toute diction porte deux types de sens. Le sens dénoté est la définition du dictionnaire. Le sens connoté est la couleur affective et sociale qui s’y attache. « Maigre », « mince » et « svelte » décrivent à peu près le même corps, mais l’un critique, l’autre décrit et le dernier complimente. Écrire avec soin, c’est choisir entre ces nuances plutôt que de laisser le premier mot venu décider à votre place.
La diction compte dans chaque phrase, mais elle se remarque surtout aux moments de tension : une rupture, un aveu, une menace. Un mot inattendu à ces moments-là peut révéler un personnage plus vite qu’une page de description.
Les types de diction
On décrit souvent la diction selon une échelle de registres. La diction soutenue emploie un vocabulaire recherché et une syntaxe complète, comme dans les discours officiels, les textes juridiques ou la bouche d’un personnage qui veut impressionner. La diction courante est celle de la conversation polie de tous les jours. La diction familière s’autorise les tournures relâchées et les expressions populaires.
L’argot et le jargon se placent aux extrémités. L’argot appartient à un groupe ou à une génération, et il date vite, ce qui en fait un outil précieux pour situer un personnage dans une époque. Le jargon est le vocabulaire d’un métier : la police, la médecine, la cuisine d’un restaurant. Bien employé, il donne de l’autorité à une scène ; employé sans mesure, il exclut le public.
La diction peut aussi être concrète ou abstraite, littérale ou figurée, neutre ou chargée. « La maison » est neutre ; « le taudis » et « le foyer » prennent position. Les poètes travaillent souvent cette dimension avec soin, mais elle compte tout autant dans une didascalie de scénario, où un seul verbe bien choisi, comme « s’affale » plutôt que « s’assoit », peut changer la lecture d’une scène.
La diction dans le dialogue et le récit
Dans le dialogue, la diction est l’un des moyens les plus sûrs de distinguer les personnages. Si l’on cache les noms au-dessus des répliques, le lecteur devrait encore pouvoir deviner qui parle. Un adolescent, un juge et un pêcheur n’emploient pas les mêmes mots pour dire qu’ils ont peur, et ces différences portent leur âge, leur classe, leur éducation et leur rapport au monde.
La diction peut aussi changer au sein d’un même personnage. Quelqu’un qui parle de façon soutenue au travail et familière chez lui révèle deux facettes de sa vie, et le passage d’un registre à l’autre signale souvent une émotion qui déborde. Un personnage poli qui se met soudain à jurer, ou un brutal qui trouve brusquement des mots tendres, crée un moment fort justement parce que sa diction rompt avec ce qu’on attendait.
Dans la narration et les didascalies, la diction donne le ton de l’œuvre entière. Un narrateur ironique, un narrateur naïf et un narrateur clinique peuvent raconter les mêmes faits et produire trois livres différents. Au scénario, les didascalies restent sobres, mais leurs verbes et leurs adjectifs indiquent encore au lecteur s’il lit une comédie, un thriller ou un drame.
Diction, ton et syntaxe
La diction, la syntaxe et le ton sont liés sans être identiques. La diction concerne le choix des mots. La syntaxe concerne leur ordre et la structure des phrases : courtes ou longues, simples ou chargées de subordonnées. Le ton est l’attitude qui en résulte, l’impression qu’a le lecteur de la manière dont l’auteur ou le personnage regarde son sujet.
On peut voir la diction comme l’un des outils principaux du ton. Pour qu’une scène paraisse menaçante, l’auteur peut choisir des mots durs, brefs et concrets ; pour qu’elle paraisse rêveuse, des mots doux, longs et sensoriels. La syntaxe renforce l’effet : des phrases hachées accélèrent, des phrases amples ralentissent. Quand la diction et la syntaxe tirent dans la même direction, le ton devient évident sans être nommé.
Le style, enfin, est la signature qui apparaît quand ces choix se répètent dans toute une œuvre ou toute une carrière. On reconnaît Hemingway à sa diction simple et à ses phrases courtes, Proust à ses phrases sinueuses et à son vocabulaire nuancé. Le style ne se décide pas d’un coup ; il naît de milliers de petites décisions de diction.
Réviser la diction
Relisez votre texte en cherchant les mots qui en disent moins qu’ils ne pourraient. Les verbes faibles accompagnés d’adverbes (« marcher lentement ») cèdent souvent la place à un verbe précis (« traîner », « flâner », « clopiner »). Les noms vagues, comme « chose » ou « truc », cachent généralement une image que vous n’avez pas encore trouvée.
Pour les dialogues, lisez les répliques de chaque personnage à la suite, sans le reste de la scène. Si elles semblent écrites par la même personne, donnez à chacun des mots qui lui appartiennent : des expressions de son métier, des tics de langage, un niveau de langue cohérent. Vérifiez aussi les anachronismes de vocabulaire dans les récits d’époque, car un seul mot moderne peut briser l’illusion.
Enfin, méfiez-vous des clichés et des mots recherchés choisis pour impressionner. Si une expression vient trop facilement, elle a probablement déjà été employée mille fois ; si un mot savant attire l’attention sur lui-même plutôt que sur la scène, remplacez-le. La bonne diction se remarque rarement, mais elle rend chaque phrase plus vivante.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que la diction en littérature ?
En littérature, la diction est le choix des mots d’un auteur ou d’un personnage. Elle comprend le niveau de langue, les connotations et la précision des mots, et elle façonne le ton, la voix et la façon dont le lecteur perçoit les personnages.
Quelle est la définition simple de la diction ?
La diction, c’est le choix des mots. Dire « il est mort », « il est décédé » ou « il a cassé sa pipe » revient au même, mais chaque formule montre une attitude différente envers ce qui s’est passé.
Quel est un exemple de diction ?
Un médecin qui dit « le patient est décédé à 21 h 40 » emploie une diction soutenue et professionnelle, tandis que son fils qui dit « il est parti, comme ça » emploie une diction familière et intime. Les deux phrases rapportent le même fait de deux manières.
Quels sont les types de diction ?
On distingue souvent la diction soutenue, courante, familière, l’argot et le jargon. On peut aussi décrire la diction comme concrète ou abstraite, littérale ou figurée, neutre ou chargée de connotations.
Quelle est la différence entre la diction et le ton ?
La diction est le choix des mots ; le ton est l’attitude que le texte exprime. La diction est l’un des principaux moyens de créer le ton, avec la syntaxe, le rythme et les images.
Quel autre mot désigne la diction ?
Selon le contexte, on parle de choix des mots, de vocabulaire, de lexique, de registre ou de phraséologie. Au théâtre, diction peut aussi désigner l’élocution, c’est-à-dire la manière de prononcer un texte.
Comment la diction influence-t-elle une histoire ?
La diction donne leur voix aux personnages, fixe le ton des scènes et oriente les émotions du lecteur. Un même événement peut sembler drôle, tragique ou inquiétant selon les mots choisis pour le raconter.