Farce
Aussi appelé farcesque · vaudeville
Comédie bâtie sur une situation improbable qui échappe à tout contrôle : quiproquos, secrets, amants cachés et portes qui claquent.
En pratique
Une farce est une comédie bâtie sur une situation qui échappe à tout contrôle. Quelqu’un dit un petit mensonge, cache une personne dans un placard ou confond un jumeau avec l’autre, et chaque tentative pour arranger les choses les aggrave. Le rythme ne cesse de monter, les portes s’ouvrent et se ferment au pire moment, et les personnages restent d’un sérieux absolu pendant que le public rit.
La farce demande au public d’accepter des coïncidences improbables, puis les suit avec une logique stricte. Une fois qu’on croit qu’un homme a deux épouses qui ne doivent jamais se croiser, tout ce qui suit doit avoir un sens selon ses propres règles. Cette précision explique pourquoi la farce est difficile à écrire : le chaos sur scène est réglé à la seconde.
Le mot a aussi un sens courant. Quand on dit qu’un procès, une réunion ou une élection était « une farce », on veut dire qu’il était si mal mené ou si malhonnête qu’il en devenait absurde. Le sens théâtral est venu en premier, et le sens courant lui a emprunté son image d’événements que personne ne pouvait prendre au sérieux.
Une farce qui transforme un mensonge en deux
INT. APPARTEMENT DE TOMÁS - JOUR
On sonne. TOMÁS (la vingtaine) se fige. Sa petite amie LENA (la vingtaine), enroulée dans une serviette, se fige aussi.
TOMÁS
C’est mes parents. Ils croient que je vis seul et que je vais à la messe.
Il la pousse dans le placard de l’entrée et ouvre la porte. Sa MÈRE (la cinquantaine) entre en trombe avec un plat mijoté.
MÈRE
On a amené le père Ruiz. Il veut bénir l’appartement.
Le PÈRE RUIZ (la soixantaine) entre derrière elle, rayonnant, et tend la main vers le placard pour accrocher son manteau.
La scène suit la règle de base de la farce : un secret, une raison de le garder caché et une nouvelle arrivée qui rend la cachette plus difficile. Le prêtre n’est pas un gag au hasard. Il fait monter l’enjeu du premier mensonge, et son geste vers le placard lance le problème suivant avant que le premier ne soit réglé.
Qu’est-ce qu’une farce ?
Une farce est une pièce ou un film comique dont l’humour naît d’une situation improbable et rapide plutôt que de l’esprit ou de l’étude des caractères. Ses ingrédients habituels sont les quiproquos, les déguisements, les secrets, les amants cachés dans l’armoire, les poursuites, le comique physique et une intrigue qui se resserre comme un nœud. Le public en sait plus que les personnages et prend plaisir à les voir s’enfoncer.
Le mot vient de l’ancien français farce, « farce » au sens de « farcissure », du latin farcire, farcir. Dans la France médiévale, on glissait de courtes scènes comiques entre les parties sérieuses des mystères religieux, et ce « farcissage » comique a donné son nom au genre. Au XVe siècle, les farces se jouaient comme des pièces à part entière, comme La Farce de maître Pathelin.
On qualifie souvent la farce de bas comique, parce qu’elle repose sur les gags physiques et la situation plutôt que sur des dialogues brillants. L’étiquette est injuste. Une grande farce exige l’intrigue la plus serrée de toute la comédie, car chaque entrée, chaque mensonge et chaque coïncidence doivent tomber exactement au bon moment.
Farce, comédie, slapstick et satire
La comédie est le genre large ; la farce en est une sorte. Une comédie romantique peut être douce et lente, bâtie sur les sentiments de deux personnes. Une farce est bâtie sur la situation. Si l’on pouvait retirer aux personnages leur vie intérieure et que l’intrigue restait drôle, on a probablement affaire à une farce.
Le slapstick est un style d’humour physique : chutes, collisions, tartes à la crème. La farce utilise souvent le slapstick, mais ce n’est pas la même chose. Un numéro de slapstick peut tenir seul, comme un gag isolé, alors qu’une farce enchaîne ses gags en une chaîne de causes et d’effets, chaque mésaventure découlant de la précédente.
La satire vise une cible du monde réel et veut changer la façon dont le public la voit. La farce vise surtout le rire. Certaines œuvres font les deux : Docteur Folamour se sert d’un chaos farcesque pour faire la satire de la stratégie nucléaire. La comédie de mœurs, comme les pièces d’Oscar Wilde, se moque des usages sociaux par des dialogues spirituels, et De l’importance d’être constant est souvent décrite comme une farce de mœurs. En France, le vaudeville de boulevard est l’héritier direct de la farce.
Exemples de farce au théâtre et au cinéma
Le dramaturge latin Plaute a écrit Les Ménechmes, sur deux frères jumeaux que tout le monde confond, et Shakespeare a doublé les jumeaux dans La Comédie des erreurs. Molière a puisé dans la farce pour Les Fourberies de Scapin et Le Médecin malgré lui. Dans le Paris des années 1900, Georges Feydeau a perfectionné le vaudeville, où époux, amants et rivaux finissent tous dans le même hôtel. La Puce à l’oreille est sa pièce la plus connue.
La farce moderne au théâtre comprend Ce que vit le majordome de Joe Orton et En sourdine, les sardines ! (Noises Off) de Michael Frayn, qui montre la même représentation désastreuse depuis la salle, depuis les coulisses, puis de nouveau depuis la salle pendant que la troupe s’effondre. À la télévision, L’Hôtel en folie (Fawlty Towers) fait tenir une farce entière en trente minutes, les mensonges de Basil Fawlty s’écroulant à chaque épisode.
Parmi les farces de cinéma, on trouve Certains l’aiment chaud, où deux musiciens se déguisent en femmes pour échapper à la mafia, On s’fait la valise, docteur ?, avec ses quatre sacs identiques, et Un poisson nommé Wanda. The Birdcage, remake de La Cage aux folles, repose sur une famille qui fait semblant d’être ce qu’elle n’est pas le temps d’un seul dîner.
La structure d’une farce
La plupart des farces commencent par un mensonge ou un secret qui semble petit et raisonnable. Un mari veut une soirée tranquille ; un jeune homme s’invente un ami malade pour pouvoir quitter la ville quand il veut. Le public doit comprendre exactement pourquoi le secret doit être gardé, car cette raison fait avancer tout le reste.
Puis la pression monte. De nouveaux personnages arrivent, chacun avec une raison d’être là et chacun une menace pour le secret. Le personnage principal répond par un deuxième mensonge pour couvrir le premier, puis par un troisième. Le temps presse, l’espace se remplit et le nombre de choses que les personnages doivent surveiller augmente plus vite que quiconque ne peut le gérer.
Le climax réunit tout le monde en un seul lieu, souvent une seule pièce, où les mensonges ne tiennent plus. Les farces classiques utilisent un décor à plusieurs portes pour que les personnages se manquent de peu. Le dénouement relâche d’habitude la pression d’un seul coup : la vérité éclate, chacun pardonne et l’ordre revient, du moins pour l’instant.
Comment écrire une farce
Commencez par un personnage principal qui veut quelque chose de simple et qui a une bonne raison de cacher quelque chose. Rendez ensuite l’enjeu réel pour lui : un emploi, un mariage, sa réputation. Le public ne rit de la panique que si le personnage la ressent. Les personnages de farce ne croient jamais être dans une comédie.
Construisez l’intrigue à rebours à partir de la collision que vous voulez au climax. Listez qui doit être dans la pièce, ce que chacun croit et ce que chacun ne doit pas découvrir. Décidez ensuite comment arrive chaque personne. Un tableau de qui sait quoi à chaque moment du scénario est un outil courant, car une seule faille dans cette logique rompt le charme.
Gardez des scènes courtes et une horloge serrée. La farce vit de vitesse : coupez l’exposition que le public peut deviner et faites arriver chaque nouveau problème avant que le précédent ne soit réglé. Limitez les décors, donnez un rôle aux portes et aux objets, et lisez les pages à voix haute pour vérifier le rythme. Si une scène s’arrête pour une blague, la machine ralentit.
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’une farce ?
Une farce est une comédie bâtie sur une situation improbable qui échappe à tout contrôle, avec des quiproquos, des secrets, des déguisements et un comique physique au rythme rapide. En sourdine, les sardines !, Certains l’aiment chaud et L’Hôtel en folie en sont des exemples.
Que veut dire farce ?
Au théâtre, une farce est une comédie de situation rapide et absurde. Dans la langue courante, dire qu’un événement était une farce signifie qu’il était si mal mené ou si malhonnête qu’il en devenait ridicule, comme dans « le procès était une farce ». En cuisine, la farce est aussi une préparation qui sert à farcir.
D’où vient le mot farce ?
Il vient du latin farcire, farcir. Les mystères religieux médiévaux français glissaient de courtes scènes comiques entre leurs parties sérieuses, comme on farcit un plat, et ces scènes sont devenues la farce.
Quelle est la différence entre farce et comédie ?
La farce est une sorte de comédie. La comédie couvre toute œuvre destinée à amuser, alors que la farce repose sur une situation exagérée, un rythme rapide et le comique physique plutôt que sur l’esprit ou les caractères.
Qu’est-ce qu’un vaudeville ?
Au sens moderne, un vaudeville est une farce sur des secrets amoureux, où époux, amants et rivaux se cachent dans les chambres et les placards et se manquent de peu. Les pièces de Georges Feydeau ont rendu le genre célèbre.
Quels sont des exemples de farce ?
Parmi les exemples classiques, on trouve Les Ménechmes de Plaute, La Farce de maître Pathelin, La Comédie des erreurs de Shakespeare, La Puce à l’oreille de Feydeau, En sourdine, les sardines ! de Michael Frayn, et les films Certains l’aiment chaud et Un poisson nommé Wanda.
Comment écrit-on une farce ?
Donnez au personnage principal un secret à fort enjeu, ajoutez des personnages qui le menacent, répondez à chaque menace par un mensonge plus gros et préparez le climax pour que tout le monde se télescope au même endroit. Gardez des scènes courtes et un rythme qui monte.