Jump scare
Un choc soudain, généralement une image brusque accompagnée d’un son fort, calé pour faire sursauter le public. Il fonctionne le mieux comme la libération d’une angoisse patiemment construite, et s’use vite quand il remplace cette angoisse.
En pratique
Un jump scare est un choc soudain, généralement une image et un son fort qui arrivent ensemble, réglé pour faire sursauter physiquement le public. C’est le procédé le plus reconnaissable de l’horreur, et on le retrouve aussi dans les thrillers, les comédies et les bandes-annonces, parce qu’il agit sur le corps avant que le spectateur ait le temps de réfléchir.
Un jump scare est une libération, et il ne fonctionne qu’après une tension. Le silence, une recherche lente, un son qui s’arrête : le public se penche en avant, et le choc récompense cette attention. Employé sans montée, ou trop souvent, il apprend au public à se crisper et à ne plus ressentir d’angoisse du tout.
Sur la page, écrivez la montée en didascalies courtes et donnez au choc sa propre ligne, avec le son en capitales quand le moment l’exige. Décidez ensuite de ce qui change à cause de lui. Une frayeur qui laisse les personnages exactement où ils étaient est un temps que le public oubliera ; une frayeur qui leur coûte quelque chose rend la scène calme suivante plus inquiétante.
L’écrire sur la page
INT. FERME - CUISINE - NUIT
Obscurité. Le frigo ronronne. JUNE (la vingtaine) referme doucement la porte de derrière.
Elle écoute.
Rien.
Le frigo cesse de ronronner.
June se tourne vers lui. Le silence est total.
UN POING COGNE CONTRE LA FENÊTRE à côté de sa tête.
JUNE
Cal ! Bon sang.
Son frère CAL sourit derrière la vitre et brandit les clés de voiture de June. Derrière lui, loin dans le champ, une silhouette se tient là où personne ne devrait être.
Les lignes courtes ralentissent la lecture et laissent du blanc là où se trouve le silence. Le choc a sa propre ligne, en capitales. Le frère est une fausse frayeur qui relâche la tension, et la silhouette dans le champ la relance aussitôt : la scène se termine plus effrayante qu’elle n’a commencé.
D’où vient le procédé
Les cinéastes d’horreur font souvent remonter le procédé à La Féline (1942). Après une longue marche pendant laquelle une femme sent qu’on la suit, le sifflement d’un bus qui s’arrête rompt le silence. Le truc est devenu si étroitement associé au producteur du film, Val Lewton, qu’une fausse frayeur de ce genre s’appelle encore un « Lewton bus ».
Des films plus tardifs ont rendu le procédé célèbre. Dans Les Dents de la mer (1975), la tête de Ben Gardner surgit du trou dans la coque de son bateau naufragé au moment où Hooper se penche pour regarder, et le dernier plan de Carrie au bal du diable (1976) fait sortir une main de la tombe alors que l’histoire semble terminée. Les deux fonctionnent parce que le public pensait le danger passé.
Comment fonctionne un jump scare
Le réflexe de sursaut est rapide et involontaire, c’est pourquoi un jump scare fonctionne même sur les spectateurs qui le voient venir. Ce que le cinéaste contrôle, c’est l’anticipation : combien de temps le public attend, ce qu’il attend, et quand le choc rompt le schéma. Une frayeur qui arrive un temps plus tôt ou plus tard que prévu frappe plus fort qu’une frayeur pile dans le rythme.
Il en existe deux sortes. La fausse frayeur, le Lewton bus, relâche la tension sans dommage : un chat, un ami, un coup de klaxon. La vraie frayeur livre la menace. Une bonne séquence utilise souvent la première pour détendre le public juste avant la seconde, ou, comme dans la scène ci-dessus, se sert du relâchement pour révéler un danger pire.
Comment l’écrire dans un scénario
Écrivez la montée de façon à ralentir le lecteur. Un temps par ligne, beaucoup de blanc, des sons et des silences décrits aussi précisément que des images. Un lecteur parcourt une page de lignes courtes plus lentement qu’un paragraphe, et c’est ce rythme-là que vous voulez à l’écran.
Donnez au choc sa propre ligne et mettez le son ou l’action clé en capitales, mais écrivez ce qui se passe plutôt que l’effet que cela doit produire. Évitez d’écrire « jump scare » ou de dire au lecteur d’avoir peur ; la ligne doit s’en charger. Montrez ensuite la conséquence : le temps suivant doit laisser les personnages dans une position pire qu’avant.
L’angoisse contre le choc
La critique habituelle des jump scares est qu’ils sont faciles : simples à produire et vite oubliés. Ils le sont surtout quand ils remplacent l’angoisse au lieu de la libérer. L’Exorciste, la suite (1990) est souvent salué pour une scène de couloir qui tient un long plan large et fixe si longtemps que le choc, quand il arrive, semble mérité.
Mulholland Drive (2001) va plus loin. Un homme raconte un cauchemar à propos d’une silhouette derrière un diner, puis sort voir si elle est là, et le public sait exactement ce qui va arriver. La scène fait pourtant peur, parce que l’angoisse née du savoir est plus forte que la surprise. Employez les chocs avec parcimonie, et laissez le calme qui les sépare faire l’essentiel du travail.
Questions fréquentes
Quel a été le premier jump scare au cinéma ?
Les historiens du cinéma désignent généralement la scène du bus de La Féline (1942), produit par Val Lewton, comme le modèle du jump scare moderne. Des films antérieurs utilisaient des chocs, mais celui-ci a fixé le schéma du silence suivi d’un son soudain et fort.
Qu’est-ce qu’un faux jump scare ?
Un choc qui se révèle inoffensif : un chat, un ami, un bus. Il libère la tension sans danger, d’où son nom de Lewton bus, d’après la scène de La Féline.
Comment écrire un jump scare dans un scénario ?
Ralentissez le rythme avec des didascalies courtes et calmes, offrez le silence au lecteur, puis placez le choc sur une ligne à part avec le son en capitales. Restez-en avare, et veillez à ce que quelque chose ait changé à la fin de la scène.
Les jump scares sont-ils un défaut ?
Non, mais il est facile d’en abuser. Un jump scare qui libère une vraie tension est l’un des plus vieux plaisirs de l’horreur. Celui qui remplace la tension, en arrivant sans montée ou à quelques minutes d’intervalle, apprend au public à se crisper au lieu de ressentir.
Quelle différence entre un jump scare et le suspense ?
Le suspense, c’est l’attente : le public sait ou craint que quelque chose arrive et ne peut pas détourner les yeux. Un jump scare est un choc soudain qui met fin à une période d’attente. Le suspense peut durer toute une séquence ; un jump scare dure une seconde.
Pourquoi les jump scares fonctionnent-ils même quand on s’y attend ?
Parce que le réflexe de sursaut est involontaire. Savoir qu’un choc arrive change l’angoisse qu’il inspire, pas le fait que le corps réagisse à un son fort et soudain, et c’est pourquoi les bonnes scènes jouent sur le moment où il arrive plutôt que sur le fait qu’il arrive.