Hyperbole
Aussi appelé Hyperbole · exagération
Une exagération volontaire que personne ne doit prendre au pied de la lettre : « je te l’ai dit mille fois », « ce sac pèse une tonne ». Elle sert à insister, à faire rire et à montrer la force de ce que ressent un personnage.
En pratique
L’hyperbole fonctionne parce que personne n’y croit. « Je te l’ai dit mille fois » n’est pas un compte ; c’est la mesure de ce que ressent la personne qui parle. L’exagération est si manifestement impossible que l’auditeur saute le sens littéral et garde l’émotion : l’agacement, la joie, la faim, la peur. C’est tout son travail : rendre un sentiment plus grand que ne le peuvent les mots ordinaires.
Dans un scénario, l’hyperbole vit surtout dans le dialogue, où elle donne vite une voix à un personnage. Quelqu’un qui se dit « mort de faim » avant le déjeuner paraît dramatique, drôle ou gâté selon la scène, et le public l’apprend en une seule réplique. Un personnage qui n’exagère jamais semble prudent ou terne. Dans les descriptions d’action, un soupçon d’hyperbole donne le ton (« le trajet en ascenseur le plus long de l’histoire »), mais la plupart des scénaristes s’en servent peu pour que la page reste claire.
Les erreurs les plus courantes sont de l’employer si souvent qu’elle ne se remarque plus, de l’employer là où le public pourrait la prendre au pied de la lettre, et de recourir à des formules usées (« mille fois », « une éternité ») quand une exagération neuve en dirait plus sur le personnage. La meilleure hyperbole appartient à celui qui la prononce, et la scène obtient souvent le rire quand un autre personnage y répond au sens littéral.
L’hyperbole comme voix d’un personnage
INT. CUISINE DE LA COLOC - MATIN
MAYA (20 ans) fixe un frigo vide. Sa colocataire JUNE (20 ans), appuyée au plan de travail, finit le dernier yaourt.
MAYA
Je meurs de faim depuis l’âge du bronze. Il restait un yaourt dans toute la ville et tu l’as mangé.
JUNE
Il y a une supérette en bas.
MAYA
C’est quatre étages. Je n’y survivrais pas. On retrouverait mes os sur le palier.
June fait glisser le pot vide sur le plan de travail. Maya regarde dedans quand même.
Les exagérations de Maya (depuis l’âge du bronze, le seul yaourt de la ville, les os sur le palier) sont la comédie, et elles disent en trois répliques qui elle est : dramatique, drôle et pas vraiment affamée. La réponse plate et littérale de June fait tomber l’hyperbole juste, et la dernière ligne d’action conclut l’humeur de Maya par une petite chute physique, sans un mot de plus.
Qu’est-ce que l’hyperbole
L’hyperbole est une exagération volontaire qui n’est pas censée être prise au pied de la lettre : « ce sac pèse une tonne », « je pourrais dormir un an », « tout le monde était là ». Le mot vient du grec hyperbolḗ, « action de lancer au-delà ». C’est une figure de style d’amplification, et l’anglais dit hyperbole, prononcé haï-PEUR-beu-li.
Ce qui distingue l’hyperbole d’un mensonge ou d’une erreur, c’est que celui qui parle et celui qui écoute savent tous deux qu’elle est fausse. Si une amie dit « ça fait une éternité que j’attends », personne ne regarde sa montre ; la phrase veut dire « trop longtemps, et je suis agacée ». Quand l’exagération pourrait être crue, elle cesse d’être une figure de style et devient une fausse information. C’est pourquoi l’hyperbole fonctionne le mieux quand elle est manifestement impossible.
L’hyperbole peut se glisser dans d’autres figures. Une comparaison peut exagérer (« vieux comme le monde »), une métaphore aussi (« un géant de son secteur »). La langue de tous les jours en est pleine, à tel point que beaucoup d’hyperboles (« mort de faim », « gelé », « mourir de honte ») ne se lisent presque plus comme des exagérations.
Exemples d’hyperbole dans la littérature et au cinéma
En français, la tirade du nez de Cyrano de Bergerac, chez Edmond Rostand, est une démonstration d’hyperbole : « C’est un roc ! … c’est un pic ! … c’est un cap ! / Que dis-je, c’est un cap ? … C’est une péninsule ! » Chaque image surenchérit sur la précédente, et l’exagération devient un feu d’artifice d’esprit qui dit autant de choses sur Cyrano que sur son nez.
Shakespeare emploie l’hyperbole pour la culpabilité dans Macbeth. Après le meurtre, Macbeth se demande si tout l’océan du grand Neptune pourrait laver le sang de sa main, et répond que sa main teindrait plutôt de rouge les mers vertes. Aucune quantité d’eau ne suffit, et l’exagération rend physique l’ampleur de sa faute. Rabelais, lui, a bâti Gargantua et Pantagruel sur des géants dont chaque repas est démesuré.
Au cinéma, l’hyperbole est le moteur des voix comiques. Les personnages qui parlent par exagérations, des héroïnes de screwball comedy aux narrateurs adolescents, transforment de petits problèmes en catastrophes, et l’écart entre le drame de la réplique et la taille du problème fait le gag. Dans un drame, une seule exagération au moment où tout craque (« tu as gâché toute ma vie ») peut dire au public à quel point un personnage souffre.
Hyperbole, litote et exagération
Le contraire de l’hyperbole est l’atténuation, qui dit moins que ce que la situation mérite : appeler un ouragan « un peu de vent » ou un accident « une égratignure ». La litote, si présente en français, dit moins pour faire entendre plus (« ce n’est pas mauvais », « va, je ne te hais point »). Les deux figures font leur effet par l’écart entre les mots et la réalité, depuis des directions opposées.
Hyperbole et exagération se recoupent sans être tout à fait la même chose. L’exagération est toute amplification, y compris celle qui veut être crue, comme un CV gonflé ou un poisson qui grandit à chaque fois qu’on raconte la pêche. L’hyperbole est l’exagération employée comme figure de style, si visiblement au-delà du vrai que personne n’est dupe.
On peut définir les personnages par leur penchant. Celui qui parle par hyperboles paraît expressif, dramatique ou drôle. Celui qui atténue paraît pince-sans-rire, stoïque ou maître de lui, et sa rare exagération frappe plus fort parce qu’elle sort de son caractère. Mettre les deux dans une scène offre le contraste gratuitement.
L’hyperbole dans un scénario
Le dialogue est le lieu naturel de l’hyperbole, parce que les vrais gens exagèrent en parlant. Les exagérations d’un personnage révèlent son âge, son milieu et son humeur : le « je meurs » d’une adolescente, le « l’affaire de votre vie » d’un vendeur, le « de mon temps, on faisait dix kilomètres à pied pour aller à l’école » d’un grand-père. Choisissez l’exagération que seule cette personne ferait.
Les descriptions d’action, c’est autre chose. Leur premier travail est de dire exactement ce qu’on voit à l’écran, si bien que la plupart des scénaristes les gardent littérales. Une touche d’hyperbole peut donner le ton d’une comédie ou d’un thriller stylisé (« le silence le plus gênant jamais enregistré »), et certains scénaristes sont connus pour des descriptions très incarnées, mais trop d’hyperbole donne l’impression qu’un scénario se vend lui-même.
L’hyperbole sert aussi de mise en place. Un personnage qui jure que « rien au monde ne me fera revenir là-bas » a lancé une affirmation que l’histoire peut mettre à l’épreuve, et le public aime voir l’intrigue lui donner tort. L’exagération devient une préparation, et le moment où il y retourne est le paiement.
Comment bien employer l’hyperbole
Rendez-la précise. « Je te l’ai dit mille fois » est un cliché ; « plus de fois qu’il n’y a d’étoiles dans le ciel » aussi, autrement. Une exagération tirée du monde du personnage (« je te l’ai dit plus souvent que tu n’as fait la vidange de ta voiture, c’est-à-dire jamais ») dit quelque chose de neuf et caractérise au passage.
Servez-vous-en pour les sentiments, pas pour les informations. L’hyperbole ne doit jamais être le seul endroit où le public apprend un fait, car il a l’habitude de la décompter. Si l’intrigue dépend de la distance jusqu’au village, donnez la distance ; laissez le personnage exagérer à quel point elle semble longue.
Dosez-la. Une exagération forte par scène porte ; cinq d’affilée deviennent du bruit, sauf si l’accumulation est le gag. Lisez le dialogue à voix haute et demandez-vous si chaque exagération gagne un rire, une émotion ou un trait de caractère. Si elle ne fait que remplir, coupez-la ou dites la chose simplement.
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’une hyperbole, en termes simples ?
Une hyperbole est une exagération volontaire pour appuyer une idée, que personne n’est censé croire. Dire « j’ai tellement faim que je mangerais un cheval » ne veut pas dire qu’on le pourrait ; cela veut dire qu’on a très faim.
Quels sont des exemples d’hyperbole ?
Des exemples courants sont « je te l’ai dit mille fois », « ce sac pèse une tonne », « je meurs de honte » et « ça a pris une éternité ». En littérature, la tirade du nez de Cyrano de Bergerac (« C’est un roc ! … c’est un pic ! … c’est un cap ! ») est une suite d’hyperboles.
Comment prononce-t-on hyperbole en anglais ?
En anglais, on dit à peu près haï-PEUR-beu-li, en quatre syllabes avec l’accent sur la deuxième, et non « hyper-bol » comme en français. Les deux mots viennent du grec hyperbolḗ.
L’hyperbole est-elle une figure de style ?
Oui. L’hyperbole est l’une des figures de style les plus courantes, aux côtés de la métaphore, de la comparaison et de la personnification. C’est une figure d’amplification : elle change l’effet d’un énoncé en l’exagérant, et non en comparant ou en prêtant des traits humains.
Quelle est la différence entre hyperbole et exagération ?
Toute hyperbole est une exagération, mais toute exagération n’est pas une hyperbole. L’hyperbole est si visiblement fausse que personne n’est dupe, et elle sert l’effet. Une exagération ordinaire peut vouloir être crue, comme le poisson qui grandit à chaque récit de la pêche.
Quel est le contraire de l’hyperbole ?
Le contraire est l’atténuation : dire moins que ce que la situation mérite, comme appeler une catastrophe « un petit souci ». La litote, proche de l’atténuation, dit moins pour faire entendre plus, comme dans « ce n’est pas mal du tout ».
Pourquoi les auteurs utilisent-ils l’hyperbole ?
L’hyperbole montre une émotion forte, fait rire, donne à un personnage une voix singulière et rend une idée mémorable. Dans une histoire, les affirmations exagérées d’un personnage peuvent aussi annoncer une épreuve que l’intrigue lui fera traverser plus tard.