Euphémisme
Aussi appelé formule adoucie
Un mot ou une expression doux ou indirect employé à la place d’un terme qui paraît trop dur, trop cru ou gênant. Dans un dialogue, ce qu’un personnage adoucit révèle souvent ce qu’il évite.
En pratique
Un euphémisme est un mot doux ou détourné employé à la place d’un mot qui semble trop brutal, douloureux ou gênant. On dit que quelqu’un « nous a quittés » plutôt qu’il « est mort », qu’un salarié a été « remercié » plutôt que « licencié », et la mort de civils devient des « dommages collatéraux ». Chaque formule nomme la chose tout en l’adoucissant, et cet adoucissement révèle ce que l’on a peur de dire.
Pour l’auteur, les euphémismes sont un outil de caractérisation. Ce qu’une personne refuse de dire franchement, et les mots qu’elle choisit à la place, montrent son milieu, son métier, ses peurs et sa politesse. Une infirmière, un gangster et le service de presse d’une entreprise parlent tous par euphémismes, et chacun a sa propre voix.
L’erreur courante est de ne voir dans l’euphémisme qu’une chose à supprimer. Dans une prose explicative, une formule vague gagne presque toujours à être remplacée par une formule précise. Dans le dialogue, en revanche, l’euphémisme est souvent l’essentiel : l’écart entre ce que dit un personnage et ce qu’il veut dire est du sous-texte, et le public aime le déchiffrer.
Un licenciement sans le mot
INT. SALLE DE RÉUNION VITRÉE - JOUR
Une boîte de mouchoirs trône au centre exact de la table. PRIYA (30 ans passés), RH, sourit trop. En face d’elle, MARTIN (50 ans passés), vingt ans dans le même gilet.
PRIYA
Dans le cadre de notre réorganisation, nous faisons évoluer certains postes historiques, et le vôtre fait partie des postes concernés.
MARTIN
Concerné comment ?
PRIYA
Nous souhaitons vous accompagner dans votre transition vers de nouvelles opportunités.
MARTIN
Donc je suis viré.
Priya pousse la boîte de mouchoirs d’un centimètre vers lui.
Priya ne prononce jamais le mot. Réorganisation, faire évoluer, postes concernés et transition sont chacun à un pas de « vous avez perdu votre emploi », et le comique comme la cruauté de la scène viennent de ce que Martin les traduit. Les euphémismes caractérisent l’entreprise, et sa réponse sans détour le caractérise, lui.
Ce qu’est un euphémisme
Un euphémisme est une expression de substitution : un mot ou une formule qui remplace ce qu’il serait trop dur, choquant, effrayant ou impoli de dire directement. Le Merriam-Webster le définit comme la substitution d’une expression agréable ou inoffensive à une expression qui pourrait blesser ou évoquer quelque chose de déplaisant. Le mot vient du grec euphêmia, l’emploi de paroles de bon augure, de eu, « bien », et phêmê, « parole ».
Les euphémismes se rassemblent autour des sujets dont il est le plus difficile de parler : la mort, le corps, la sexualité, la maladie, l’argent, la violence et l’échec. Toutes les langues en ont, et ils changent vite, car un euphémisme employé assez longtemps finit par porter la même piqûre que le mot qu’il remplaçait, et doit à son tour être remplacé.
On range généralement l’euphémisme parmi les figures de style, près de la litote et de la périphrase. Il peut être bienveillant, comme lorsqu’une médecin choisit des mots doux pour un patient effrayé, ou fuyant, comme lorsqu’une institution choisit des mots qui cachent ce qu’elle fait.
Exemples d’euphémismes
La mort a des dizaines d’euphémismes : disparaître, s’éteindre, partir, nous quitter, reposer en paix, rendre l’âme. Les histoires de gangsters ont leur propre répertoire, plus sombre, où une victime est réglée, emmenée faire un tour ou endormie, et Le Parrain a rendu célèbre l’image de l’homme qui dort avec les poissons pour annoncer un meurtre.
Le travail et l’argent en produisent beaucoup de modernes. Les entreprises annoncent un plan de sauvegarde de l’emploi, une restructuration ou un ajustement des effectifs plutôt que des licenciements, et les salariés sont remerciés. Une voiture d’occasion devient un véhicule d’occasion certifié, et une hausse des prix une évolution tarifaire.
La guerre et la politique produisent les plus critiqués. Dommages collatéraux signifie civils tués, techniques d’interrogatoire renforcées signifie torture et neutraliser signifie tuer. Dans son essai de 1946 La politique et la langue anglaise, George Orwell soutenait qu’un tel langage est conçu pour donner aux mensonges un air de vérité et au meurtre un air respectable, et l’essai reste le réquisitoire classique contre l’euphémisme qui masque l’injustice.
Euphémisme, dysphémisme et litote
Le dysphémisme est l’inverse de l’euphémisme : un mot plus dur ou plus choquant choisi à la place d’un mot neutre, comme « crever » ou « clamser » pour mourir, ou « psy de service » pour un psychiatre. Les personnages qui emploient des dysphémismes sont souvent grossiers, directs, drôles ou volontairement provocants.
La litote présente une chose comme moindre qu’elle n’est, comme dire d’un ouragan qu’il fait « un temps un peu agité ». L’euphémisme remplace un mot déplaisant ; la litote amoindrit un fait. Ils travaillent souvent ensemble dans le dialogue, surtout chez des personnages trop fiers ou trop polis pour admettre à quel point les choses vont mal.
L’euphémisme est proche aussi du jargon. Le langage professionnel, comme « événement indésirable » en médecine ou « croissance négative » en économie, peut être précis pour les spécialistes et euphémique pour tous les autres. Qu’une formule soit un euphémisme dépend en partie de qui l’écoute et de ce qu’elle lui évite d’entendre.
L’euphémisme dans le dialogue
Dans un scénario, l’euphémisme est du sous-texte rendu audible. Quand un personnage dit « il faut qu’on parle de la situation de papa » au lieu de « papa est en train de mourir », le public entend à la fois les mots et la peur qui les porte. Cet écart émeut souvent davantage que la phrase directe.
Les euphémismes définissent aussi des mondes. Une famille mafieuse, un hôpital, une unité militaire et un open space ont chacun leur vocabulaire pour ce qu’ils ne peuvent pas dire, et le trouver juste rend un décor habité. Le rater, avec des personnages qui parlent trop clairement de ce que leur monde ne nomme jamais, peut rendre une scène fausse.
Un personnage peut se révéler en brisant l’euphémisme. Le moment où quelqu’un dit enfin le mot cru, « viré », « mort », « maîtresse », est souvent un tournant, parce qu’il signifie que cette personne a cessé de se protéger ou de protéger quelqu’un d’autre.
Comment écrire avec l’euphémisme
Sachez ce que chaque personnage ne dira pas. Dressez une courte liste des sujets qu’un personnage évite et des mots qu’il emploie à la place. Une grand-mère, un adolescent et un avocat adoucissent le même fait de façons complètement différentes, et ces choix font à votre place le travail de l’exposition.
Laissez le public déchiffrer. Un euphémisme fonctionne mieux quand le sens est clair d’après le contexte, si bien que le public se sent malin de comprendre. Si personne ne peut savoir ce que veut dire un personnage, la réplique n’est pas un euphémisme mais une confusion.
Dans la narration et l’explication, préférez le mot simple. Les lecteurs font confiance à une prose qui nomme les choses directement, et les euphémismes vagues dans les didascalies ou un essai paraissent généralement fuyants. Réservez l’euphémisme à la voix des personnages, où l’esquive est justement le propos.
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’un euphémisme ?
Un euphémisme est un mot ou une expression doux ou détourné employé à la place d’un autre qui paraît trop dur, douloureux ou gênant, comme « nous a quittés » pour « est mort » ou « remercié » pour « licencié ».
Que signifie euphémisme ?
Euphémisme signifie remplacer une expression qui pourrait blesser ou évoquer quelque chose de déplaisant par une expression agréable ou inoffensive. Le mot vient du grec euphêmia, l’emploi de paroles de bon augure.
Quels sont des exemples d’euphémismes ?
Parmi les euphémismes courants : nous a quittés (est mort), remercié (licencié), plan de sauvegarde de l’emploi (licenciements), non-voyant (aveugle), dommages collatéraux (civils tués) et demandeur d’emploi (chômeur).
Quel est le contraire d’un euphémisme ?
Le contraire d’un euphémisme est un dysphémisme : un mot volontairement dur ou choquant employé à la place d’un mot neutre, comme « crever » pour « mourir ».
Pourquoi utilise-t-on des euphémismes ?
On utilise des euphémismes pour être poli, pour ménager les sentiments de quelqu’un, pour contourner des sujets tabous ou pour faire paraître acceptable quelque chose de déplaisant. Ce dernier usage explique pourquoi l’euphémisme est souvent critiqué en politique et dans les affaires.
L’euphémisme est-il une figure de style ?
Oui. L’euphémisme est généralement classé parmi les figures de style, apparenté à la litote et à la périphrase, parce qu’il dit les choses de façon détournée plutôt que littérale.
Comment les auteurs utilisent-ils l’euphémisme dans le dialogue ?
Les auteurs utilisent l’euphémisme pour révéler un personnage et créer du sous-texte. Ce qu’un personnage refuse de dire franchement, et les mots qu’il choisit à la place, montrent ses peurs, ses manières et le monde auquel il appartient.