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Art du récit

Hubris

Aussi appelé hybris · démesure

Orgueil ou confiance en soi excessifs qui poussent un personnage à défier les limites, les avertissements ou les dieux, et qui provoquent en général sa chute. Dans la tragédie grecque, c’est le défaut classique du héros tragique.

En pratique

L’hubris est un orgueil démesuré : l’assurance qui fait croire à un personnage que les règles, les dieux ou les limites ordinaires ne s’appliquent pas à lui. Dans la tragédie grecque, c’était la faute qui appelait le châtiment, et la chute qui suivait se nommait némésis. Le mot garde ce sens d’un orgueil qui court vers le malheur.

Pour l’auteur, l’hubris est précieuse parce qu’elle fait d’une force la cause d’une chute. La scientifique brillante, le souverain qui n’écoute pas et le héros qui n’a jamais perdu sont d’abord admirables. Leur orgueil est la qualité même qui les a fait réussir, si bien que le public comprend pourquoi ils continuent de s’y fier, et sent venir le prix avant le personnage.

L’erreur courante est de réduire l’hubris à une simple arrogance : un personnage grossier qui mérite donc de tomber. L’hubris devient plus intéressante quand le personnage a gagné une part de son assurance et que l’histoire lui adresse un avertissement clair, une occasion de reculer que son orgueil lui fait refuser. Ce refus est le moment où l’histoire bascule.

Un avertissement que l’héroïne refuse d’entendre

Une fondatrice le soir du lancement

INT. SALLE DU LANCEMENT - COULISSES - NUIT

Derrière le rideau, une foule scande un nom. DANA REYES (40 ans passés), fondatrice, ajuste sa veste. Son ingénieur, OWEN (30 ans passés), tient une tablette couverte de chiffres rouges.

OWEN

La batterie a lâché dans quatre des dix derniers tests. Donne-moi un mois.

DANA

Pour le premier aussi, ils disaient qu’il lâcherait. Il n’a pas lâché.

OWEN

Celui-là, on l’avait testé.

DANA

Owen. Ils ne sont pas venus voir un test.

Elle franchit le rideau et entre dans la lumière. Le slogan devient une ovation.

La scène offre à Dana un avertissement clair et une issue raisonnable, et elle la refuse pour une raison que le public comprend : elle a déjà eu raison. C’est là que l’hubris est la plus utile. Son orgueil n’est pas de la bêtise, mais un palmarès auquel elle se fie trop, et l’ovation de la foule nous dit exactement ce qu’elle ne peut pas se permettre de perdre.

Ce que signifie l’hubris

L’hubris désigne un orgueil arrogant ou un excès de confiance, surtout celui qui pousse une personne à défier les limites et à provoquer le désastre. Le Merriam-Webster définit l’anglais hubris comme un orgueil ou une confiance en soi exagérés. Le mot vient du grec hybris, qui dans le droit et la pensée athéniens désignait une conduite outrageante, humiliant autrui ou dépassant ce qui revient à un mortel.

Dans la tragédie grecque, l’hubris était liée à la némésis, la rétribution qui lui répondait, souvent personnifiée par la déesse Némésis. Celui qui prétendait trop, offensait les dieux ou agissait comme si le destin ne pouvait l’atteindre était promis à la chute. Ce couple de l’orgueil et du châtiment reste la forme de la plupart des histoires d’hubris.

Dans l’usage courant, le mot s’est élargi. On parle de l’hubris d’une entreprise, d’un gouvernement ou d’une équipe qui a fêté trop tôt. Le sens reste le même : une confiance qui a dépassé le jugement, au point que la personne ne voit plus le danger devant elle.

L’hubris dans la tragédie

On décrit souvent l’hubris comme le défaut tragique par excellence, l’hamartia qui abat le héros tragique. Le mot d’Aristote, hamartia, est plus proche d’une erreur de jugement, mais l’orgueil est l’erreur que les tragédies mettent le plus souvent en scène. Œdipe est certain de pouvoir échapper à l’oracle et trouver le meurtrier de Laïos, et cette certitude le mène à la vérité qui le détruit.

Créon, dans l’Antigone de Sophocle, refuse d’assouplir son décret même lorsque son fils et le devin Tirésias le mettent en garde, et il perd sa famille à la fin. Dans le mythe grec, Icare vole trop près du soleil malgré l’avertissement de son père. Chaque histoire donne un avertissement au personnage orgueilleux, et chacune fait du refus le tournant.

Ce schéma donne aux histoires d’hubris un air de fatalité sans les rendre arbitraires. La chute n’est pas de la malchance : elle naît des propres choix du personnage. C’est pourquoi le public peut éprouver une catharsis à la fin. Le châtiment est terrible, mais il a un sens.

Exemples d’hubris

Victor Frankenstein, dans le roman de Mary Shelley, en est un exemple moderne. Il veut vaincre la mort et créer la vie, ne se demande jamais s’il le devrait, et abandonne la créature qu’il fabrique. Le reste du livre est la réponse de la créature. Beaucoup d’histoires de science-fiction ont suivi depuis le même schéma de la découverte sans retenue.

Jurassic Park place l’avertissement dans une réplique. Quand John Hammond fait admirer ses dinosaures clonés, Ian Malcolm lui dit que ses scientifiques étaient si occupés à savoir s’ils pouvaient le faire qu’ils ne se sont pas arrêtés pour se demander s’ils le devaient. L’effondrement du parc est le verdict du film sur l’orgueil de Hammond.

Michael Corleone, dans les films du Parrain, est un cas plus lent. Sa conviction qu’il peut protéger sa famille par le pouvoir, et tout garder sous contrôle, lui coûte justement la famille qu’il voulait sauver. Macbeth, le capitaine Achab de Moby Dick et Walter White dans Breaking Bad sont d’autres personnages dont l’orgueil pousse l’histoire jusqu’à sa fin.

Hubris, fierté et arrogance

La fierté peut être saine. Un personnage peut être fier de son travail, de sa famille ou de sa communauté sans que rien n’annonce une chute. L’hubris est un orgueil devenu dangereux : il ignore les avertissements, défie les limites et traite le personnage comme une exception aux règles que tous les autres suivent.

L’arrogance concerne la façon dont un personnage traite les autres, en les regardant de haut ou en les méprisant. L’hubris inclut souvent l’arrogance, mais elle se définit par ses conséquences. Dans une comédie, un personnage peut être arrogant sans jamais être puni ; l’hubris porte en elle l’attente que le monde de l’histoire lui répondra.

L’adjectif anglais hubristic qualifie une personne ou un acte marqués par l’hubris. En français, on parlera plutôt d’un plan démesuré ou présomptueux : un plan qui suppose que rien ne peut mal tourner. Dans une histoire, cette supposition est presque une invitation à ce que tout tourne mal.

Comment écrire l’hubris

Donnez une assise à l’orgueil. Un personnage dont l’assurance est entièrement creuse est un sot, pas une figure d’hubris. Montrez les réussites qui lui ont appris à se fier à lui-même, pour que son refus d’écouter ressemble à une habitude qui a déjà fonctionné plutôt qu’à de la simple bêtise.

Écrivez la scène de l’avertissement. Une collègue, un mentor, une rivale ou les preuves elles-mêmes doivent offrir au personnage une occasion claire de reculer. Le public a besoin de voir la porte qu’il pourrait franchir, et de le regarder choisir de ne pas la franchir.

Faites naître la chute de l’orgueil lui-même. Les meilleures histoires d’hubris punissent le personnage par ce dont il était fier : l’invention se retourne contre son inventeur, l’empire contre son souverain, le plan contre celui qui l’a conçu. Ce lien rend la fin méritée plutôt qu’imposée.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que l’hubris ?

L’hubris est un orgueil démesuré ou un excès de confiance, surtout celui qui fait ignorer les avertissements et défier les limites. Dans la tragédie grecque, c’était la faute qui menait à la chute d’un personnage.

Que signifie hubris ?

Hubris signifie orgueil ou confiance en soi exagérés. Le mot vient du grec hybris, qui désignait une conduite outrageante dépassant les limites fixées aux mortels.

Quel est un exemple d’hubris ?

Victor Frankenstein, qui crée la vie sans se demander s’il le devrait, en est un exemple classique. Dans Jurassic Park, l’orgueil de John Hammond pour son parc de dinosaures, et son refus d’écouter l’avertissement d’Ian Malcolm, en est un autre.

L’hubris est-elle un défaut tragique ?

Oui. L’hubris est le défaut tragique le plus connu, celui qui abat des héros tragiques comme Œdipe ou Créon. Le terme d’Aristote, hamartia, signifie erreur de jugement, et l’orgueil est l’erreur que les tragédies montrent le plus souvent.

Quelle est la différence entre l’hubris et la fierté ?

La fierté peut être saine, comme lorsqu’on est fier d’un travail bien fait. L’hubris est un orgueil devenu dangereux : il ignore les avertissements et traite la personne comme une exception à toutes les règles, et dans les histoires il est généralement puni.

Quel lien entre hubris et némésis ?

Dans la pensée grecque, l’hubris était l’orgueil arrogant et la némésis la rétribution qui lui répondait, parfois représentée par la déesse Némésis. Ce couple donne leur forme à beaucoup de tragédies : l’orgueil, un avertissement ignoré, puis la chute.

Comment prononce-t-on hubris ?

En français, on prononce u-briss, avec un h muet. En anglais américain, hubris se prononce HIOU-briss, avec l’accent sur la première syllabe.