Ethos, pathos et logos
Aussi appelé ethos · pathos · logos · preuves rhétoriques
Les trois moyens de persuader selon Aristote. L’ethos s’appuie sur la crédibilité et le caractère de l’orateur, le pathos sur les émotions du public et le logos sur la logique et les preuves. Les arguments, discours et pitchs solides recourent aux trois.
En pratique
Tout discours persuasif pose au public trois questions muettes : puis-je vous faire confiance, est-ce que cela me touche, et est-ce que cela tient debout ? Aristote a nommé les réponses ethos, pathos et logos il y a plus de deux mille ans, et elles décrivent toujours la manière dont on emporte l’adhésion, de la plaidoirie au discours de mariage en passant par l’argumentaire de vente.
Pour les auteurs, ce sont des outils à deux niveaux. Dans l’histoire, ils expliquent pourquoi le discours d’un personnage l’emporte ou échoue : un général galvanise ses troupes par le pathos, une avocate gagne par le logos, on croit un inconnu grâce à son ethos. Hors de l’histoire, les trois mêmes appels façonnent une lettre de présentation, un rendez-vous de pitch ou une logline qui doit convaincre un lecteur en une phrase.
Les appels s’emploient rarement seuls. Une grande scène de persuasion installe la crédibilité, fait sentir les enjeux et donne une raison qui résiste à l’examen. Quand l’argument d’un personnage sonne creux, cherchez lequel des trois manque.
Les trois appels dans un discours bref
INT. MAIRIE - NUIT
Des chaises pliantes, toutes occupées. Le conseil veut fermer le centre de santé. L’INFIRMIÈRE ADELE (la soixantaine) se tient au micro en blouse, tout juste sortie de sa garde.
ADELE
Je travaille dans ce centre depuis trente et un ans. J’ai mis au monde la moitié des gens de cette salle.
Murmures. Un homme au troisième rang hoche la tête. Adele brandit la photo d’un nouveau-né.
ADELE
Voici Maya. Elle est née bleue, à deux heures du matin, en pleine tempête de neige. L’hôpital le plus proche est à quarante minutes. Elle en avait quatre.
Silence. Adele pose la photo et dépose une seule feuille sur la table du conseil : le coût du maintien du centre à côté du coût des transports en ambulance qu’il remplacerait.
La première phrase d’Adele relève de l’ethos : trente et un ans et une salle pleine de gens qu’elle a mis au monde. L’histoire de Maya relève du pathos, et « Elle en avait quatre » la transforme en un chiffre que le public ressent. La feuille sur la table, c’est le logos. La scène fonctionne parce que chaque appel arrive au moment où la salle est prête à le recevoir.
Ce que sont l’ethos, le pathos et le logos
L’ethos, le pathos et le logos sont les trois modes de persuasion, ou appels rhétoriques, décrits par Aristote dans sa Rhétorique au IVe siècle av. J.-C. Il soutenait qu’un orateur peut persuader par son propre caractère (ethos), par l’état émotionnel de l’auditoire (pathos) ou par l’argument lui-même (logos). Presque tout texte persuasif mêle encore les trois.
L’ethos est l’appel à la crédibilité. Le public croit l’orateur pour sa compétence, son expérience, son honnêteté ou sa bienveillance. Une médecin qui explique un diagnostic, un ancien combattant qui raconte la guerre ou un ami qui a toujours dit la vérité possèdent un ethos. Il peut venir de la réputation avant même que l’orateur ouvre la bouche, ou se construire pendant le discours en faisant preuve d’équité et de savoir.
Le pathos est l’appel à l’émotion : peur, espoir, colère, pitié, fierté ou amour. Le logos est l’appel à la logique et aux preuves, par des faits, des statistiques, des exemples et des raisonnements. Aristote a aussi écrit sur le kairos, le moment opportun pour un argument, ce qui rappelle aux auteurs qu’un appel même fort échoue s’il arrive au mauvais moment.
Exemples d’ethos, de pathos et de logos
Ethos : « Pompier depuis vingt ans, je peux vous le dire : les détecteurs de fumée sauvent des vies. » Pathos : « Imaginez-vous réveillé par la toux de votre enfant dans une maison pleine de fumée. » Logos : « Les incendies font beaucoup moins de morts dans les logements équipés de détecteurs qui fonctionnent que dans les autres. » Chaque phrase défend la même chose d’une manière différente.
Le discours « I Have a Dream » de Martin Luther King Jr. utilise les trois. Il tire son ethos du cadre du Lincoln Memorial et de ses références à la Déclaration d’indépendance. Son logos est l’argument selon lequel la nation a manqué à une promesse écrite, présentée comme un « chèque sans provision » revenu avec la mention « provision insuffisante ». Et son rêve répété de voir ses quatre enfants jugés « sur la valeur de leur caractère » relève du pur pathos.
La publicité s’en sert sans cesse. Un dentiste qui recommande un dentifrice, c’est l’ethos ; une publicité sur un soldat qui rentre chez lui pour les fêtes, c’est le pathos ; un graphique comparant la consommation de carburant, c’est le logos. Apprendre à repérer chaque appel est la première étape pour les employer délibérément, et pour remarquer quand l’un sert à masquer la faiblesse d’un autre.
L’ethos, le pathos et le logos au cinéma
Les films de procès sont bâtis sur ces appels. Dans Douze Hommes en colère, le juré numéro 8 gagne la salle par le logos, en démontant les preuves une à une, tandis que la colère et les préjugés d’autres jurés montrent un pathos retourné contre la raison. Dans Des hommes d’honneur, le contre-interrogatoire du colonel Jessup par Kaffee utilise la logique pour provoquer un éclat émotionnel qui détruit la crédibilité du colonel.
Les discours de bataille relèvent surtout du pathos et de l’ethos. Aragorn devant la Porte Noire dans Le Seigneur des anneaux : Le Retour du roi et William Wallace dans Braveheart n’avancent aucune statistique ; ils mettent leur propre vie en jeu et rappellent aux soldats ce qu’ils aiment. Le fait que ces orateurs soient prêts à se tenir en première ligne, c’est l’ethos, et c’est ce qui rend l’émotion crédible.
Certaines des plus belles scènes de persuasion du cinéma parlent d’échec. Un personnage qui commence par la logique quand le public a besoin d’émotion, ou qui a épuisé sa crédibilité avant même de prendre la parole, perd la salle. Écrire cet échec avec précision dit au public exactement qui est le personnage.
Comment utiliser l’ethos, le pathos et le logos en écriture
Quand un personnage doit convaincre, décidez de ce dont son auditeur a besoin. Un sceptique a besoin de logos, une foule effrayée de pathos, et un inconnu a d’abord besoin d’une raison de faire confiance à l’orateur. Écrivez le discours pour cet auditeur, pas pour le public de la salle de cinéma, et laissez sa réaction montrer si cela fonctionne.
Méritez l’ethos avant le discours. Au cinéma, la crédibilité vient généralement de ce que le personnage a fait à l’écran, pas de ce qu’il dit de lui-même. Un personnage qui a sauvé quelqu’un au premier acte peut demander qu’on lui fasse confiance au troisième, et le public la lui accordera en même temps que les personnes présentes dans la scène.
Rendez le logos concret et le pathos précis. Une seule image (un enfant, une chaise vide) émeut davantage qu’un appel général à la souffrance, et un seul fait clair frappe plus fort qu’une liste de statistiques. Quand vous pitchez votre propre scénario, appliquez les mêmes règles : montrez pourquoi vous êtes la bonne personne pour écrire cette histoire, pourquoi elle compte et pourquoi elle fonctionne.
Questions fréquentes
Que sont l’ethos, le pathos et le logos, en termes simples ?
Ce sont trois façons de convaincre quelqu’un. L’ethos lui donne confiance en vous, le pathos lui fait ressentir quelque chose, et le logos lui donne une raison logique. La plupart des bons arguments utilisent les trois.
Quel est un exemple d’ethos, de pathos et de logos ?
Ethos : « Infirmière depuis vingt ans, j’ai vu ce que cela provoque. » Pathos : « Imaginez votre propre enfant dans ce lit d’hôpital. » Logos : « Le programme coûte moins cher que les passages aux urgences qu’il évite. »
Qui a inventé l’ethos, le pathos et le logos ?
Le philosophe grec Aristote les a décrits dans sa Rhétorique, écrite au IVe siècle av. J.-C. Il les présentait comme les trois modes de persuasion qu’un orateur peut produire par le discours.
Peut-on utiliser l’ethos, le pathos et le logos ensemble ?
Oui, et les discours les plus persuasifs le font généralement. La crédibilité fait écouter le public, l’émotion le fait se sentir concerné, et la logique lui donne une raison d’agir qui tient encore une fois l’émotion retombée.
Qu’est-ce que le kairos en rhétorique ?
Le kairos est le moment juste ou opportun pour avancer un argument. On l’enseigne souvent comme un quatrième appel aux côtés de l’ethos, du pathos et du logos : le même discours peut l’emporter ou échouer selon le moment où il est prononcé.
Quel est l’appel le plus fort ?
Cela dépend du public et de la situation. Aristote écrivait que le caractère de l’orateur est peut-être le moyen de persuasion le plus efficace, mais une foule effrayée réagira peut-être au pathos alors qu’un comité d’experts voudra du logos. Les arguments les plus forts les combinent.
Comment les scénaristes utilisent-ils l’ethos, le pathos et le logos ?
Dans les discours et les affrontements à l’intérieur de l’histoire, comme les plaidoiries, les harangues et les confrontations, et à l’extérieur, dans les pitchs et les lettres de présentation. Savoir sur quel appel repose une scène aide un auteur à voir pourquoi un discours porte ou tombe à plat.