Oxymore
Aussi appelé oxymoron · alliance de mots
Une figure de style qui unit deux mots contradictoires, comme « silence assourdissant », « aigre-doux » ou « obscure clarté ». Le choc fait s’arrêter le lecteur, et la paire dit ce qu’aucun des deux mots ne dirait seul.
En pratique
Un oxymore place côte à côte deux mots qui devraient s’annuler et leur fait dire quelque chose ensemble. « Silence assourdissant » n’est pas une erreur : l’expression décrit un silence si lourd qu’il semble bruyant, et aucun mot seul ne le dirait aussi vite. C’est le choc qui fait s’arrêter le lecteur et voir.
Beaucoup d’oxymores sont si courants qu’on n’entend plus la contradiction : aigre-doux, mort-vivant, une douce violence, se hâter lentement. Les écrivains tirent davantage des oxymores neufs, parce qu’une association inattendue oblige le lecteur à tenir deux idées à la fois. Cela convient aux sentiments vraiment mêlés : un amour qui fait mal, un soulagement teinté de culpabilité, une victoire qui coûte trop cher.
Dans un scénario, l’oxymore appartient d’ordinaire au dialogue, où il montre comment pense un personnage. Celui qui appelle un enterrement « un joyeux adieu » ou une rupture « une guerre amicale » nous dit comment il encaisse. Dans les didascalies, n’en employez un que s’il décrit ce que la caméra peut montrer, comme une voiture devenue une « épave joyeuse » couverte d’autocollants.
Un oxymore pour des sentiments mêlés
INT. MAISON FAMILIALE - SALON - JOUR
Des cartons partout. MAYA (la trentaine) emballe dans du papier journal les tasses à thé de leur mère. Sa sœur DANA (la vingtaine) est assise par terre devant une boîte à chaussures pleine de photos qu’elle n’a pas encore ouverte.
DANA
C’est horrible si je me sens plus légère ?
MAYA
C’est un triste soulagement. Tu as le droit de ressentir les deux.
Dana ouvre la boîte. La première photo la fait rire et pleurer en même temps.
« Triste soulagement » nomme exactement ce que Dana a honte de ressentir, et l’oxymore l’autorise à le ressentir. Maya n’explique pas le deuil ; elle en pose les deux moitiés côte à côte. La dernière didascalie joue ensuite la même contradiction à l’écran, si bien que le public voit l’oxymore autant qu’il l’entend.
Ce qu’est un oxymore
Un oxymore, ou oxymoron, est une figure de style qui unit deux mots de sens opposé ou contradictoire, le plus souvent un adjectif et un nom : « mort-vivant », « cruelle bonté », « obscure clarté ». Le mot vient du grec oxys, aigu, et moros, émoussé ou sot, si bien que le mot oxymore est lui-même un oxymore : une sottise aiguë.
La contradiction est voulue. Le lecteur comprend qu’un « silence assourdissant » ne fait pas vraiment de bruit, et l’écart entre les deux mots porte le sens : un silence si remarquable qu’il pèse sur les oreilles. C’est la différence entre un oxymore et une simple contradiction, qui n’est qu’une erreur. Un oxymore prend sens dès qu’on y réfléchit.
Certains oxymores tiennent en un seul mot formé de deux parties opposées, comme aigre-doux ou le terme musical pianoforte, qui signifie doux-fort. D’autres sont des expressions usées par l’emploi : « se hâter lentement », « une douce violence », « un silence éloquent ». Les écrivains peuvent utiliser les plus courants dans le dialogue, parce que les gens parlent ainsi, et garder les neufs pour les moments qui en ont besoin.
Oxymore, paradoxe et juxtaposition
Un paradoxe est une affirmation ou une situation qui semble se contredire mais contient une vérité : « moins, c’est plus », ou le « je dois être cruel pour être bon » de Hamlet. Un oxymore est plus petit, en général deux mots. Un test rapide : si la contradiction tient dans une expression, c’est un oxymore ; s’il faut toute une affirmation pour l’énoncer, c’est un paradoxe.
La juxtaposition est l’idée plus large de placer côte à côte des éléments qui contrastent pour que chacun aiguise l’autre : un mariage monté contre un enterrement, un château à côté d’une cabane. Un oxymore est une juxtaposition comprimée en une expression. Tout oxymore est une juxtaposition, mais la plupart des juxtapositions sont des scènes, des images ou des personnages, et elles contrastent au lieu de se contredire.
L’ironie est encore autre chose. L’ironie consiste à dire le contraire de ce qu’on pense, ou à obtenir un résultat contraire à celui qu’on attendait. « Douce douleur » est un oxymore parce que les deux mots sont pris au sérieux. Si un personnage dit « quel temps magnifique » sous une averse, c’est de l’ironie verbale, parce que l’un des sens est faux.
Exemples d’oxymores en littérature et au cinéma
Le Roméo de Shakespeare ouvre la pièce par une rafale d’oxymores : « Ô amour querelleur ! Ô haine amoureuse ! » et « plume de plomb, fumée lumineuse, feu froid, santé malade ». L’accumulation est à la fois la blague et le propos. Roméo est un adolescent transi qui croit sa confusion profonde, et plus tard Juliette emploie le même procédé avec un vrai sentiment quand elle appelle la séparation un « si doux chagrin ».
Les poètes se servent de l’oxymore pour nommer des expériences que les mots ordinaires séparent. Corneille fait dire à Rodrigue, dans Le Cid, « Cette obscure clarté qui tombe des étoiles », Baudelaire célèbre les « Fleurs du mal » dès son titre, et John Milton décrit l’enfer dans Le Paradis perdu comme « pas de lumière, mais plutôt des ténèbres visibles ». Simon and Garfunkel ont bâti toute une chanson autour de « The Sound of Silence ».
Les titres de films et les dialogues y recourent aussi, parce qu’ils se retiennent : True Lies, Eyes Wide Shut, Retour vers le futur. Dans un scénario, un oxymore donne souvent à un personnage une manière de parler bien à lui. Quand un personnage appelle sa famille chaotique « un chaos organisé », l’expression résume sa façon de voir sa vie, et elle peut revenir plus tard dans l’histoire avec un autre sens.
Comment employer un oxymore
Employez un oxymore quand la réponse honnête est vraiment deux choses à la fois. Un personnage peut se sentir « heureusement épuisé » après une naissance ou éprouver une « peur pleine d’espoir » avant un verdict. Si le sentiment est simple, un mot simple vaut mieux ; le procédé ne mérite sa place que lorsque la contradiction est la vérité du moment.
Rendez concrètes les deux moitiés. « Magnifique désastre » a tant servi qu’il ne surprend plus personne. Cherchez une association qui appartient au monde de l’histoire : un soldat qui appelle un cessez-le-feu « une paix bruyante » ou une cheffe qui qualifie un plat de « perfection brûlée » donne au lecteur la contradiction et le personnage d’un même souffle.
Employez-les avec parcimonie. Un oxymore dans une scène se remarque ; trois dans un paragraphe sonnent comme un auteur qui fait le malin, ce qui est précisément la blague de Shakespeare avec Roméo. Lisez la réplique à voix haute et vérifiez que le public en saisira le sens dès la première écoute, surtout dans le dialogue, où il ne peut pas revenir en arrière.
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’un oxymore, en termes simples ?
Un oxymore est une expression faite de deux mots qui semblent se contredire, comme « aigre-doux » ou « silence assourdissant ». Ensemble, ils décrivent quelque chose plus précisément que chacun des deux mots seul.
Quels sont des exemples d’oxymores ?
Parmi les exemples courants : aigre-doux, mort-vivant, se hâter lentement, une douce violence, un silence éloquent et silence assourdissant. Parmi les exemples littéraires : l’« obscure clarté » de Corneille, le « feu froid » de Shakespeare et les « ténèbres visibles » de Milton.
Que signifie le mot oxymore ?
Il vient de deux mots grecs : oxys, aigu, et moros, émoussé ou sot. Oxymore signifie donc littéralement « aigu-émoussé », ce qui fait du mot un exemple de lui-même.
Quelle est la différence entre un oxymore et un paradoxe ?
Un oxymore est une courte expression de deux mots contradictoires, comme « cruelle bonté ». Un paradoxe est une affirmation ou une situation entière qui semble se contredire mais contient une vérité, comme « plus on apprend, moins on sait ».
Aigre-doux est-il un oxymore ?
Oui. Aigre-doux réunit deux saveurs opposées en un seul mot pour décrire un sentiment à la fois douloureux et agréable, comme le souvenir heureux de quelqu’un qui n’est plus là. Pianoforte (doux-fort) est un autre oxymore en un mot.
L’oxymore est-il un procédé littéraire ?
Oui. C’est une figure de style, une forme de langage figuré, employée en poésie, dans le roman, les discours et la conversation de tous les jours. Les écrivains s’en servent pour exprimer des sentiments mêlés, insister ou rendre une expression mémorable.
Peut-on employer un oxymore dans un scénario ?
Oui, surtout dans le dialogue, où un oxymore peut montrer comment un personnage voit le monde ou vit une contradiction. Dans les didascalies, n’en employez un que pour ce que la caméra peut montrer, et pas plus d’un par scène pour qu’il porte.